A qui profite la marcescence?

Pourquoi certains arbres, à l’instar du chêne et du hêtre, gardent-ils leurs feuilles durant l’hiver? Elles sont complètement desséchées et crissent au vent, mais restent accrochées aux rameaux des arbres jusqu’à l’apparition des nouvelles feuilles, au printemps. Nous allons essayer de décrypter ce phénomène, appelé marcescence (du latin marcescere, flétrir), en explorant plusieurs pistes.





Hypothèse numéro 1

On peut voir dans ce phénomène un mécanisme de protection des bourgeons contre l’abroutissement (les jeunes pousses sont broutées par le gibier), les feuilles mortes n’étant pas du goût des grands herbivores comme les chevreuils et les cerfs. De plus, fouiller dans les feuilles mortes à la recherche des bourgeons tant convoités est une opération qui peut être très bruyante, ce qui empêche les animaux d’être sur leur garde. Pire encore: le bruit des feuilles marcescentes peut attirer l’attention d’éventuels prédateurs. Gare au loup!


Hypothèse numéro 2

La marcescence peut aussi s’expliquer par «l’effet igloo». Durant l’hiver, dans des environnements exposés, la neige s’agglomère facilement sur les feuilles marcescentes des arbres. Elle offre ainsi à la plante une bonne doudoune isolante. Ce phénomène est plus marqué chez les jeunes arbres ou les arbustes, qui sont moins robustes et par conséquent plus «frileux» que leurs vénérables congénères. Le double effet Kiss Cool de l’opération igloo, est que, au printemps, lorsque la température remonte, la plante dispose d’une réserve d’eau supplémentaire non négligeable très utile à son développement. Pas folle, la branche!


Hypothèse numéro 3

C’est celle qui nous paraît la plus convaincante au niveau du rôle de la marcescence. Voici la stratégie du «garde-manger»: ne pas faire tomber les feuilles mortes est un moyen d’éviter qu’elles ne se décomposent au sol durant l’hiver, période durant laquelle l’arbre n’a pas besoin de nutriments. Elles pailleront le sol au printemps et mettront à disposition du compost durant la période de croissance. Cette stratégie s’avère efficiente autant pour le chêne, qui se développe gaiement dans des environnements relativement pauvres, que pour le hêtre, qui se plait là où la roche est quasi affleurante. Débrouillard, le foyard!